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Paris inspire le monde du cinéma. De l’animation à la fiction, la ville joue un rôle. Les cinéastes s’amusent, l’imaginent et la transforment. Des représentations fidèles et d’autres transformées, Paris montre ses mille et une facettes.

 

 

Dans le Paris des créatures animées

 

En 1952, pendant que deux pigeons filent le parfait amour, la tour Eiffel quitte Paris pour les États-Unis. Paris décroche son premier rôle dans l’animation Bonjour Paris de Jean Image. Walt Disney, à son tour, travaille son dernier projet de long métrage dans un décor parisien. Le maître du dessin animé s’éteint en 1966 et quatre ans plus tard, les productions Disney sortent Les Aristochats. Le réalisateur, Wolfang Reitherman, dessine un Paris aristocratique de 1910 où règnent les chats bohèmes aux talents de jazzmen. Madame Bonnefamille, chanteuse d’opéra, s’installe avec ses chats dans un hôtel particulier parisien. Edgar, le majordome jaloux, décide d’éloigner les chats pour pouvoir profiter de l’héritage de Madame. Ça n’est pas un grand rôle pour Paris. La ville est peu dessinée, seule la scène du kidnapping montre Edgar en side-car devant la cathédrale Notre-Dame et à l’entrée d’une bouche de métro. Pourtant, la touche « frenchy » aurait dû être plus marquée confie le producteur Harry Tytle dans MousePlanet : « Selon moi, le résultat du film a perdu les éléments importants qu’on avait mis en place : l’ambiance parisienne, les parisiens et le charme français ». 
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Les Aristochats, Wolfang Reitherman (1970)

 

Après ce premier essai timide, Paris revient en tête d’affiche dans Le bossu de Notre-Dame, en 1996. Cette fois, Disney choisit de retranscrire le roman historique de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris. La cathédrale de Notre-Dame est mise en avant aux côtés du bossu Quasimodo et de sa belle gitane Esmeralda. Le dessin animé recrée un Paris médiéval avec ses ruelles sales et encombrées et sa cour des miracles que l’on retrouve presque identique dans l’adaptation de Jean Delannoy. Ses rôles s’enchaînent. Dans Un monstre à Paris, Eric Bergeron revient aussi sur son histoire. Il dessine le Paris inondé par la grande crue de la Seine en 1910. Le réalisateur veut rester fidèle à la représentation de sa ville natale. Dans un décor réel, une histoire irréelle : entre la Tour Eiffel qui baigne dans l’eau et le Sacré Coeur en construction, une puce géante sème la panique dans la ville. Paris est romantique et le réalisateur la représente à l’image d’une peinture impressionniste.

 

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Un Monstre à Paris, Eric Bergeron (2011)

 

De l’âme du parisien au Paris américain, la ville prend des allures de paysage utopique dans Ratatouille. Pixar s’inspire aussi des tons de couleurs impressionnistes recréant cette lumière brumeuse du ciel de Paris. Le dessin animé met en scène un rat passionné de cuisine qui veut faire connaître ses talents de chef. Les grands clichés sont tous abordés : capitale de la gastronomie et du romantisme. Les lieux représentés sont les plus visités : on y voit les quais de Seine, les toits de Paris, les égouts, les ponts et la tour Eiffel qui surplombe la ville. Harley Jessup le chef décorateur et Sharon Calahan directrice de photo se sont déplacés dans la capitale pour s’imprégner de l’ambiance : « Nous voulions créer un Paris de conte de fées. C’est une ville magique en soi, mais nous avons exagéré les pointes et les dômes pour en accentuer le côté enchanté. La lumière a quelque chose de magnifique, une qualité un peu brumeuse, que nous avons essayé de retrouver dans les scènes d’extérieurs. »

 

Jusqu’au 2 mars 2014, le musée d’Art ludique de paris propose une exposition consacrée aux 25 ans de Pixar.

 

Paris d’un rêve

 

Au cinéma, Paris se métamorphose. Comme dans un rêve où l’histoire semble intemporelle et irréelle, les cinéastes utilisent la ville comme s’il suffisait d’un coup de crayon pour la transformer. Dans le dessin animé Cars 2, Pixar rêve d’un monde qui appartient aux véhicules. L’architecture se « voiturise» : chaque bâtiment est dessiné à l’image d’une voiture et les Halles deviennent un marché aux pièces. Dans un tout autre style d’animation, les voitures de Christian Volckman dans Renaissance roulent dans un Paris déstructuré. Le réalisateur crée un Paris futuriste qui projette le spectateur en 2054. La ville est repensée : des tunnels de verre couvrent les berges et des affiches publicitaires numériques envahissent les toits et les stations de métro. Moderne et à la pointe de la technologie, la ville garde tout de même son histoire et son héritage. Les monuments sont intactes et font presque office de vitrine comme une « ville-musée ». Les rêves les plus fous sont souvent ceux de l’expert en la matière : Michel Gondry. Dans L’écume des jours, adaptation du roman de Boris Vian, Paris tombe dans le fantastique du réalisateur. Il applique à la ville, ses rêves et son imagination délirante : le Paris de son enfance se mélange au Paris de 2013. Le chantier des Halles retrouve le trou creusé des travaux des années 1970 et les personnages du film au look vintage sont en décalage avec le reste de la ville.

 

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 L’écume des jours de Michel Gondry

 

Paris, un rôle à part entière

 

Paris, muse de l’art cinématographique, est choisi par René Clair en 1924 comme décor, intrigue et personnage de son film Paris qui dort. De nombreux autres cinéastes lui donnent un rôle important dans leur film. Dans Les amants du Pont-Neuf, Leos Carrax donne au pont un rôle à part entière. C’est d’ailleurs dans ce film que le pont le ruine : suite à une blessure de Denis Lavant, le tournage est interrompu et Leos Carrax se trouve forcer de recréer ce pont à Lansargues, lors de la reprise du tournage, cinq ans après. Tellement charmé, il le garde pour plusieurs de ces films : Mauvais sangBoy meets girl, Holy Motors. Stan Neumann lui consacre entièrement un film, Paris, roman d’une villeSon architecture, sa structure et ses secrets font l’objet du récit. Derrière son allure moderne et ses structures haussmanienne, Paris cache bien des choses. Pour mieux la connaître, Jean Rouch et Edgar Morin font parler ses parisiens dans Chronique d’un été, en 1961. Deux ans plus tard, Chris Marker et Pierre Lhomme  se prêtent au même exercice dans Le Joli Mai. Chris Marker lui avait déjà donné un de ses plus grands rôles dans La JetéeLe réalisateur l’avait rendu sombre et inquiétant en créant un diaporama de photos noir et blanc.

 

« C’est le plus beau décor du monde. Devant lui 8 millions de parisiens jouent la pièce ou la sifflent et c’est eux seuls, en fin de compte qui peuvent nous dire de quoi est fait Paris au mois de Mai. »  - Yves Montand, Le Joli Mai

 

 

Paris fait parti des plus grandes stars du cinéma. Le 7ème art le magnifie comme décor et personnage. Son portrait est parfois caricaturé, rêvé voir fantasmé. À travers leur film, les cinéastes nous font découvrir une des ses nouvelles facettes. Même ses parisiens la redécouvrent.

Héloïse Paulmier

 

Info :
« Pixar, 25 ans d’animation »
Cité de la Mode et du Design / Musée d’Art ludique
34, quai d’Austerlitz, 75013